Le malaise persistant autour de la gestion de la Police nationale congolaise (PNC) dans la province de la Tshopo pourrait prendre une nouvelle dimension politique à l’Assemblée nationale. Une nouvelle motion de défiance contre le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, pourrait être initiée à l’ouverture de la session parlementaire de septembre.
À l’origine de cette probable initiative, plusieurs élus de la Tshopo, particulièrement ceux de Kisangani, dénoncent ce qu’ils considèrent comme une absence de réaction suffisamment ferme de la hiérarchie face aux nombreux griefs formulés contre le commissaire provincial de la PNC/Tshopo, le commissaire divisionnaire adjoint Elvis Palanga Nawej, en fonction à Kisangani depuis juillet 2025.
*Des accusations qui s’accumulent*
Depuis sa prise de fonctions, le commissaire provincial fait l’objet de plusieurs accusations émanant, selon les informations rapportées, de certains éléments de la PNC et de la société civile locale. Il lui est notamment reproché des pratiques qualifiées de népotisme, clientélisme, recrutement irrégulier et constitution de réseaux ou groupuscules (sous forme d’une milice) au sein de la police.
Face à des menaces et pressions corporelles, certains officiers de la PNC auraient même quitter clandestinement Kisangani par crainte pour leur sécurité. Alors qu’ils sont officiellement affectés sur place par leur hiérarchie.
La société civile locale, qui affirme avoir alerté à plusieurs reprises sur la situation, sollicite désormais une intervention urgente de la hiérarchie nationale. Elle réclame notamment la permutation du commissaire provincial et l’ouverture d’une enquête permettant de faire toute la lumière sur les faits qui lui sont reprochés.
*La gestion des biens de la Police au cœur des préoccupations*
Plus préoccupant encore, des députés nationaux de la Tshopo auraient été saisis d’informations faisant état de la vente présumée de certains biens appartenant à la Police nationale congolaise, notamment des véhicules.
Un témoignage rapporté à un député national illustre l’incompréhension suscitée par cette situation. Une personne civile qui aurait acquis un véhicule appartenant à la police se serait elle-même interrogée sur les raisons d’une telle vente, alors que les forces de l’ordre manquent cruellement de moyens pour lutter contre l’insécurité à Kisangani.
Pour les élus qui suivent ce dossier, une telle situation mérite des vérifications approfondies : qui a autorisé ces cessions, dans quel cadre, selon quelles procédures et où sont affectées les éventuelles recettes qui en découlent ?
*Pourquoi le silence du ministère de l’Intérieur ?*
C’est précisément sur ce point que se concentre désormais la colère de certains députés nationaux de la Tshopo.
Ils reprochent au VPM Jacquemain Shabani de ne pas avoir donné suite, de manière suffisamment diligente, aux différents rapports et alertes qui seraient parvenus à son cabinet, notamment ceux émanant de ses collaborateurs et de la société civile.
Pour ces élus, cette absence apparente de réaction alimente le sentiment d’une protection politique ou administrative dont bénéficierait le commissaire provincial.
D’où la menace d’une nouvelle motion de défiance contre le ministre de l’Intérieur. Si elle venait à être déposée, elle placerait une nouvelle fois le VPM Shabani face aux députés nationaux, avec au centre des débats la question de la gouvernance sécuritaire dans la Tshopo.
*Une enquête indépendante réclamée*
Face à la multiplication de ces accusations, la société civile locale, relayée par les élus du peuple, demande au ministre de l’Intérieur de rappeler le commissaire provincial Elvis Palanga Nawej à Kinshasa pour être entendu et de dépêcher, dans l’urgence, une mission d’enquête administrative et financière dans la province de la Tshopo.
Cette mission devrait notamment permettre d’auditer la gestion des ressources humaines et matérielles de la PNC/Tshopo, de vérifier les conditions de recrutement et d’affectation des policiers, d’examiner la gestion du patrimoine de la police et de recueillir les témoignages des différents acteurs concernés.
Dans leur réquisitoire, les élus s’inquiètent également de l’insécurité grandissante dans leur province, particulièrement dans la ville de Kisangani. Ce qui devrait être un cheval de bataille du Commissaire provincial de la PNC Tshopo, devient son cadet de souci.
Au-delà des responsabilités individuelles, l’enjeu est surtout celui de la crédibilité de la chaîne de commandement de la Police nationale congolaise et de la capacité du ministère de l’Intérieur à garantir une gestion transparente, professionnelle et conforme aux règles.
À l’approche de la session parlementaire de septembre, le dossier Tshopo apparaît ainsi comme un nouveau foyer de tension susceptible de raviver la contestation parlementaire contre le VPM Jacquemain Shabani. Reste désormais à savoir si le gouvernement choisira d’anticiper la crise en diligentant une enquête ou si le dossier sera porté directement devant la représentation nationale.
La Rédaction
