Porter les ressources budgétaires propres de la RDC de 15,2 milliards de dollars en 2026 à environ 40 milliards de dollars en 2035 : c’est l’une des projections avancées par le Vice-Premier ministre et ministre du Budget, Adolphe Muzito Fumutshi, dans sa 37ᵉ tribune intitulée « RDC, le triple objectif du dialogue national ». Dans cette réflexion, il établit un lien direct entre la construction économique du pays, l’augmentation des recettes publiques et la capacité de l’État à assurer durablement la défense de son territoire.
Cette ambition budgétaire s’inscrit dans une perspective économique plus large. Muzito rappelle que les ressources budgétaires propres seraient passées d’environ 4 milliards de dollars en 2019 à 15,2 milliards en 2026. Il projette parallèlement un PIB d’environ 215 milliards de dollars en 2035, avec une pression fiscale de 17 %, ce qui permettrait, selon ses calculs, de porter les recettes publiques propres à près de 40 milliards de dollars.
Dans sa tribune, l’ancien Premier ministre considère que cette progression des ressources doit notamment servir à financer les infrastructures structurantes, l’énergie, les transports, les ports, les aéroports, les infrastructures numériques, l’eau, la santé, l’éducation, l’agriculture et l’industrialisation. La défense figure également parmi les secteurs devant bénéficier de cet effort de mobilisation des ressources.
C’est dans cette logique qu’il aborde le renforcement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Pour Muzito, l’évolution des ressources budgétaires, de 4 milliards de dollars en 2019 à 15,2 milliards en 2026, puis potentiellement à 40 milliards en 2035, doit permettre une montée en puissance progressive de l’armée. Il précise toutefois que l’objectif ne repose pas uniquement sur l’augmentation des crédits.
La tribune met ainsi l’accent sur une réforme globale de l’institution militaire. L’effort budgétaire devrait, selon lui, être accompagné de changements dans le commandement, la formation, le renseignement, la logistique, la maintenance et le contrôle. Cette réforme devrait également reposer sur une doctrine nationale de défense et un commandement unifié placé sous l’autorité civile.
Muzito accorde aussi une place importante aux nouveaux outils de défense. Il cite notamment la maîtrise du renseignement, des frontières, de la cybersécurité, des drones et des communications, ainsi que la mise en place progressive d’une logistique militaire nationale et d’une industrie de défense. Il propose également une réserve organisée et une préparation civique respectueuse des droits fondamentaux.
La question sociale des militaires fait également partie de cette vision. Le ministre du Budget plaide pour une amélioration de la solde, du logement, de la santé et de la protection sociale des membres des forces armées. Il associe cette dimension à une meilleure traçabilité des dépenses de défense, avec l’objectif de concilier les exigences du secret opérationnel avec le contrôle démocratique.
Dans sa tribune, Muzito insiste par ailleurs sur la finalité défensive de cette montée en puissance. Il affirme que la RDC ne cherche ni à attaquer ses voisins ni à nourrir des ambitions territoriales. La capacité militaire envisagée doit plutôt servir à dissuader les agressions, protéger les frontières, sécuriser les échanges économiques et contribuer aux mécanismes africains de paix.
Le financement de cette ambition ne reposerait pas uniquement sur les recettes budgétaires. Dans le volet consacré à la construction du pays, Muzito évoque également la dette extérieure, les partenariats public-privé (PPP), le fonds souverain et les investissements étrangers. Il estime notamment qu’avec un PIB projeté à 215 milliards de dollars en 2035, un ratio d’endettement plafonné à 50 % représenterait un encours maximal d’environ 105 milliards de dollars, avec une priorité donnée aux prêts concessionnels, aux maturités longues et aux projets productifs.
Le renforcement des FARDC constitue enfin le troisième volet du « triple objectif » défendu par Adolphe Muzito, après la mise en place d’une Constitution définitive et la construction économique du pays. Il propose notamment un pacte national de réforme et de financement des FARDC, parallèlement à un plan national de construction 2026-2035 et à l’objectif d’une pression fiscale de 17 % du PIB dès 2028. Dans cette architecture, la capacité défensive devient l’un des piliers de la consolidation de l’État et de la souveraineté nationale.
La Rédaction
